LE GRAND MAGASIN (2023) – Critique

LE GRAND MAGASIN (2023) – Critique

Fiche technique :

Notre avis sur LE GRAND MAGASIN

Dans la lignée de ses prédécesseurs – le grand Hayao Miyazaki et Satoshi Kon dont il fut le collaborateur – Yoshimi Itazu signe avec Le Grand Magasin une fable visuelle richement colorée et douce sur les travers d’une jeune apprentie concierge d’un grand magasin, où les clients sont tous des animaux et dont elle doit répondre à tous leurs besoins.  Une oeuvre enchanteresse, au message sous-jacent, qui réjouira les petits et grands enfants voulant retrouver un peu de douceur et de magie.

Non, vous ne rêvez pas : les animaux aussi sont des consommateurs aguerris ! Dans Le Grand Magasin, c’est toute une galerie de personnages loufoques et réalistes dont leurs apparences animales se confondent souvent avec la notre, propre reflet de notre société de consumérisme et de notre besoin pathologique à vouloir plus. Perdu dans ce grand magasin au milieu de nulle part, où se regroupent tous les besoins de nos chers amis les bêtes, Akino est une jeune apprentie concierge qui tente tant bien que mal de prendre son rôle à coeur : servir ses clients, leur redonner le sourire en répondant présent à leurs demandes et leurs attentes – parfois burlesques, ou malencontreusement déstabilisantes. Mais la jeune apprentie, qui commet gaffe sur gaffe, réalisera peu à peu que le sens caché de son métier réside dans sa capacité à voir au travers de ce que veut réellement le client.

En même temps qu’il nous ravit par sa fresque crayonnée, aux contours si fin qu’il souligne ses couleurs éclatantes et sa délicate lumière auréolée, Yoshimi Itazu rappelle dans sa forme la plus simple et imagée que l’avenir des animaux dépend aussi de notre faculté à voir bien au delà de ce qu’on peut espérer pour l’avenir. Veut-on voir l’extinction animale de plus en plus présente et irréversible arriver ? Il est clair que cette oeuvre animé à la fois touchante et drôle sait épingler les petits – et grands – travers des humains, qui ne cessent de vouloir toujours plus, sans croire qu’il n’a aucun impact sur son environnement présent et futur.

La volonté du réalisateur est bien évidemment de mettre en lumière la bienveillance, l’humanité et l’intelligence de l’humain à pouvoir cohabiter avec d’autres semblables – les animaux en l’occurrence – et que leurs besoins primaires sont aussi les nôtres, que nous devons aussi bien les respecter que les comprendre. Akino, qui dans ses tentatives  ratées ou réussies de satisfaire ses clients, cherche toujours à vouloir faire mieux et à comprendre réellement les enjeux de sa fonction au sein de ce Grand Magasin. Parfait exemple de ce que l’on peut entreprendre si nous sommes un tant soit peu capable de réfléchir, une belle note d’espoir  et d’onirisme qui vient directement parfaire le propos de l’oeuvre.

Avec sa pléiade d’animaux endimanchés, ses situations rocambolesques, son humour omniprésent, son ton léger et bon-enfant, Le Grand Magasin est l’oeuvre qui fait cadeau à son public de tout âge d’une belle leçon d’humanité. Sans être au niveau d’un immense Miyazaki, Itazu souligne avec nuance et subtilités ses thèmes de prédilections : l’Homme, la Nature et tout ce qui  a trait de l’imaginaire et du fantastique. En une heure dix seulement, l’oeuvre du réalisateur parvient à nous émouvoir et à nous faire rire tout en donnant sens à ce qu’il souhaite nous transmettre : voir plus loin, sans perdre de vue ce qui nous tiens à coeur.

Par Rémi Vallier

Crédits photos : Art House films

|Copyright 2023 Tsuchika Nishimura – Shogakukan – The Concierge Film Partners

BANDE-ANNONCE :

TUNNEL TO SUMMER (2024) – Critique

TUNNEL TO SUMMER (2024) – Critique

Fiche technique :

Notre avis sur le film TUNNEL TO SUMMER

Le film d’animation japonais Tunnel to Summer réalisé par Tomohisa Taguchi a été couronné du Prix Paul Grimault, la deuxième plus grande récompense, lors du Festival International du film d’animation d’Annecy en 2023. Distribué par Star Invest Films France, le film sort ce mercredi 5 juin en version originale sous-titrée en français (vo-stfr) et en version française (vf) dans plus de 200 salles à travers la France.

Le pitch :

Selon une légende urbaine, le mystérieux tunnel d’Urashima offre à celui qui ose s’y aventurer ce qu’il désire de plus cher, mais à un prix : quelques secondes dans le tunnel se transforment en plusieurs heures dans la vraie vie. Kaoru, un jeune lycéen encore marqué par la disparition de sa petite sœur, fait équipe avec Anzu, une jeune fille énigmatique, pour tenter l’aventure. Mais quelles sont les véritables intentions d’Anzu, et que restera-t-il à Kaoru après avoir traversé le tunnel ?

Une très bonne adaptation :

Tunnel to Summer se distingue par une animation de qualité, fidèle à la tradition de l’animation japonaise moderne dans la droite ligne d’un « Your Name« , avec des décors détaillés et des scènes fluides qui sauront vous captiver. Le réalisateur Tomohisa Taguchi réussit à créer une atmosphère à la fois mystérieuse et poétique, en adéquation avec le thème central du film et alterne habilement les passages oniriques et les passages plus rythmés.

Le scénario est habilement construit et vous donnera envie de savoir le fin mot de l’histoire. La dynamique entre Kaoru et Anzu est l’un des points forts du film, offrant une exploration intéressante des thèmes de la perte, de la quête de soi, du deuil et de sa propre reconstruction. Ce duo principal est vraiment attachant.

Un petit bémol, quelques longueurs en milieu de film, mais rien de rebutant.

En conclusion :

Tunnel to Summer est un film d’animation qui mérite sa reconnaissance au Festival d’Annecy. Il offre une expérience visuelle et émotionnelle satisfaisante, portée par une animation remarquable et des personnages attachants. Vous êtes en manque de films d’animation type « Your Name » ? Ce film est pour vous.

 

Par Grégory Caumes

Crédit photos : ©2022 Mei Hachimoku, Shogakukan/The Tunnel to Summer, the Exit of Goodbyes Film Partners

NOTRE NOTE

BANDE-ANNONCE :

SIMPLE COMME SYLVAIN (2023) – Critique

SIMPLE COMME SYLVAIN (2023) – Critique

Fiche technique :

Notre avis sur SIMPLE COMME SYLVAIN

Dans Simple comme Sylvain, l’actrice-réalisatrice québécoise Monia Chokri flirt avec le genre de la comédie romantique dans un troisième long-métrage d’une grande réussite, confirmant tout son talent à raconter des histoires à la fois vivantes, perspicaces, drôles et sensuelles.

En 2019, La Femme de mon Frère marque les débuts plutôt encourageants de l’actrice dans les pas de réalisatrice avec un premier film déroutant mais prometteur. Présenté cette fois-ci dans la section Un Certain Regard au festival de Cannes 2023, le film Simple comme Sylvain avait reçu de beaux éloges lors de sa projection, avec une standing ovation de sept minutes de la part du public cannois. Avec son sens de la répartie et de sa mise en scène virtuose, ce nouveau long-métrage offre un véritable délice visuel couplé d’une histoire en somme tout à fait banale, simple comme son titre évocateur, mais débordant de vitalité et de fraicheur.

La question de l’amour reste éternelle chez l’être humain, aussi bien dans la vie que dans l’art. Représenté dans toutes les catégories, il n’est cependant pas aussi facile de croire que tous les amours se valent et se vivent de la même manière. Sophia (Magalie Lépine-Blondeau) vit en couple avec Xavier (Francis William-Rhéaume) depuis plus de dix ans. C’est un couple d’intellectuel bourgeois. Cependant, si la complicité et l’amour sont présent entre eux deux, il n’en est pas de même dans les actes intimes et physiques du couple où la flamme de la passion est clairement éteinte. Un week-end, Sophia se rend seule dans le chalet d’été qu’elle et son compagnon ont récemment acheté et qui nécessite quelques travaux. C’est là que Sophia rencontre Sylvain (Pierre Yves Cardinal) le charpentier en charge des travaux de rénovation. Beau, brutal, primitif et transpirant la virilité d’un homme qui sait jouer avec ses mains et son physique imposant. C’est le coup de foudre.

Sous l’oeil vibrant et bienveillant de sa réalisatrice, Simple comme Sylvain scrute les hauts et les bas de ce couple si différent et si éloigné de leur monde qu’il en devient presque un film sociétal sur les conceptions et les lois de l’amour : deux êtres si éloignés, totalement différent l’un de l’autre et de mondes parfaitement opposés peuvent-ils être heureux et s’aimer passionnément ? Le désir brûlant et physique est-il le seul dénominateur commun, le moteur de toute relation sentimentale ? La différence de l’un est-il la faiblesse de l’autre, et vice-versa ? C’est globalement les idées générales qui s’en dégage au cours de ce visionnage auquel Monia Chokri s’amuse à répondre avec philosophie, mais sans trop se prendre au sérieux, évitant de tomber maladroitement dans la mauvaise caricature. Son ton léger, enlevé, parfois émouvant et décalé nous fait vibrer, valser et nous renvoie à notre rapport à l’amour et à la définition qu’on lui donne.

En terme de réalisation, la caméra de Chokri capte l’essence même de l’intensité des regards et du désir qui nait sous nos yeux, des beaux comme des mauvais moments d’angoisse où l’amour disparait puis reviens. Des plans magnifiquement orchestrés qui nous rappelle finement un certain Xavier Dolan. Son grain de pellicule et ses couleurs chaudes et orangées nous transporte littéralement dans cette aventure amoureuse, sensuelle, passionnelle, presqu’issu d’un récit épique et romanesque, d’une époque un peu seventies, où se mélange tout une galerie de personnages et de représentations diverses sur l’amour.

Le couple à l’écran formé par Magalie Lépine-Blondeau et Pierre Yves Cardinal déborde d’énergie, de sensualité, et proposent des interprétations sans défaut de leurs protagonistes tour à tour tourmenté et emporté par les affres de cette idylle naissante et improbable.

Accompagnée d’une bande sonore entraînante, Simple comme Sylvain est une belle surprise cinématographique qui assure un avenir radieux pour la suite de la carrière en tant que réalisatrice de Monia Chokri. Il nous rappelle que l’amour est un mystère, un espoir qu’il faut préserver, qu’il est fragile,  indécis et cruel, autant pour les hommes que les femmes. Que certains Grands Amours sont rares, qu’ils doivent être vécus intensément, sans remords, ni regrets. Car ça doit être ça, ce qu’on appelle l’amour ; beau et simple comme la première neige de l’hiver qui nous tombe sur la tête.

Par Rémi Vallier

Crédits photos : Fred Gervais

BANDE-ANNONCE :

LES COLONS (2024) – Critique

LES COLONS (2024) – Critique

Fiche technique :

Notre avis sur le film LES COLONS

Premier long-métrage pour le réalisateur chilien Felipe Gàlvez, LES COLONS est à découvrir en DVD chez BLAQ OUT dès le 21 mai, accompagné d’un entretien avec le réalisateur et la scénariste du film.

Une histoire du Chili oubliée

Le film revient sur une page oubliée de l’histoire officielle du Chili, qui ne figure pas dans les manuels scolaires : le génocide des Indiens Selknam. En effet, si l’extermination des Indiens liée à la colonisation de l’Amérique du Nord est un fait bien connu, le sort des autochtones d’Amérique du Sud l’est beaucoup moins. Le film donne donc un éclairage indispensable sur des évènements tragiques qui ont été gardés sous silence par le gouvernement chilien.

C’est en lisant un article quinze ans plus tôt que le réalisateur a découvert l’histoire de ce génocide. Il déclare :

« Je me suis intéressé à ces autres événements du début du XXème siècle, eux aussi ignorés. Que se passe-t-il dans un pays, quand on efface une page entière de son histoire ? Plutôt que cet effacement de la dictature au présent, pourquoi ne pas revenir à un autre effacement, qui a eu lieu cent ans auparavant ? Quelles en sont les conséquences jusqu’à aujourd’hui ? »

Paradoxalement, les Selk’nam au Chili font aujourd’hui partie de l’imagerie populaire : « Vous allez à l’aéroport, vous trouverez des poupées Selk’nam, du chocolat, du vin à leur effigie. Ce qui m’intéresse dans tout cela et à travers le film, c’est de comprendre comment cette histoire est désormais entrée dans l’imaginaire national, alors que cette population a quasiment disparu. »

L’écriture :

Pour relayer cette histoire qui est racontée en deux temps, sur deux périodes et deux registres différents, le réalisateur et la scénariste ont introduits des personnages ayant réellement existé et d’autres étant inventés. Pour cela, ils se sont nourris d’archives et de témoignages.

Le récit du film se passe en 1901 dans un premier temps et suit trois cavaliers qui ont été engagés par un riche propriétaire pour déposséder les populations autochtones de leurs terres et ouvrir une route vers l’Atlantique. Sous les ordres d’un lieutenant, d’un soldat britannique, et d’un mercenaire américain, un jeune métis chilien, va découvrir le prix de la construction d’une jeune nation, celui du sang et du mensonge.

Un western crépusculaire :

Film crépusculaire à la fois poétique et cruel, Les Colons emprunte d’abord la forme du western avec ces grandes étendues et ces décors naturels de la Terre de feu. Le film bénéficie d’évidentes qualités esthétiques pour notre plus grand plaisir. Au bénéficie d’une mise en scène âpre et sans fioritures, c’est à la fois avec engouement et crainte que l’on suit ses trois personnages principaux dans ce climat de haine et de méfiance qui régnait au début du siècle.

Un film nécessaire :

Le film qui nous plonge dans d’une épopée sanglante est avant tout un film nécessaire, remarquable, sans concession et qui ne joue pas avec de faux-semblants. Pas question ici d’être évasif, de jouer avec des subtilités ou de prendre des pincettes. Le film se veut frontal dans son propos, et ne se prive pas de brosser un portrait froid sur cette période sombre du pays. La force de ce film est de prendre ses responsabilités, de nommer les choses et de désigner les coupables sans trembler.

 En conclusion :

L’immensité de son propos fait du film Les Colons un premier long métrage remarquable, engagé et sans concessions. Un film nécessaire à la découverte indispensable, et qui révèle en plus de son contenu, un réalisateur à suivre.

 

Par Sébastien Nippert

Copyright : © 2023 – QUIJOTE FILMS – RAMPANTE FILMS – REI CINE – QUIDDITY FILMS – VOLOS FILMS – CINE-SUD PROMOTION – SNOWGLOBE – FILM I VÄST – SUTOR KOLONKO

NOTRE NOTE

BANDE-ANNONCE :

SKY DOME 2123 (2024) – Critique

SKY DOME 2123 (2024) – Critique

Fiche technique :

Notre avis sur le film SKY DOME 2123

Sky Dome 2123, anciennement intitulé White Plastic Sky, est un premier long métrage hongro-slovaque et qui a pris 7 ans en création. Il a notamment été couronné du Méliès d’Argent en septembre dernier au Festival européen du film Fantastique de Strasbourg.

Sky Dome nous raconte une histoire sombre mais particulièrement prenante d’un avenir où la planète a été ravagée, où le sol est stérile et où l’humanité s’est réfugiée sous un dôme protecteur.

Pour faire face à cette pénurie de nourriture, chaque être humain ne peut être propriétaire de son corps que 50 ans. Après cela il devra mourir pour faire don des richesses de son organisme à la communauté et être transformé en nourriture.

Stefan, psychologue en charge de la « propagande » du système va voir son monde s’effondrer quand sa femme intégrera prématurément le programme visant à offrir son corps à la communauté. Stefan se lancera dans une course contre la montre pour sauver sa femme et sera confronté à l’envers du décor de la société dans laquelle il vit.

Le récit est maitrisé de main de maitre de bout en bout, le monde post apocalyptique présenté est saisissant, les thémes abordés sont tous traités avec intelligence et une qualité d’écriture de très haut niveau. Nous ne vous spolierons rien ici tant il est satisfaisant – mais aussi perturbant – de comprendre les rouages de ce nouveau monde futuriste si lointain mais tellement plausible.

Les questionnements sociétaux, écologique, humain et amoureux seront tous posés avec brio et vous feront longuement réfléchir sur vos propres idéaux et valeurs.

Quant à la conclusion, elle est à la hauteur du film et de l’intrigue.

En plus, le film est très bien réalisé, l’animation est de très bonne facture.

En conclusion

Sky Dome est un immanquable de l’animation et de la science-fiction apocalyptique, un voyage humain dont vous ne sortirez pas indemne et qui vous interrogera profondément sur le genre humain.

 

Par Grégory Caumes

|Copyright SALTO FILMS, ARTIHCOKE, MŰANYAG ÉGBOLT LTD, RTVS RADIO AND TELEVISION SLOVAKI

NOTRE NOTE

BANDE-ANNONCE :

BACK TO BLACK (2024) – Critique

BACK TO BLACK (2024) – Critique

Fiche technique :

Notre avis sur le film BACK TO BLACK

Back to Black est un biopic de Sam Taylor-Johnson sur la vie d’Amy Winehouse qui est interprété avec brio par Marisa Abela.

Revenir sur la vie mouvementée et malheureusement écourtée si tôt d’Amy Winehouse était un défi à relever et suscitait beaucoup d’interrogation notamment sur le ton donné à la future œuvre. Biopic romancé et aseptisé en forme d’hommage ou un récit précis exposant les démons qui rongeait la jeune fille.

Back to black est un peu des deux.

En effet, nous voyons très vite la jeune femme bruler la vie par les deux bouts, nous voyons aussi à quel point son amour pour son compagnon Blake va à la fois l’inspirer et la détruire en même temps. Clairement c’est une très bonne chose de ne pas éluder cela.

Il reste toutefois important de rappeler que nous ne sommes pas dans un documentaire mais dans une fiction qui choisit délibérément de se concentrer sur une partie de sa vie et choisit comme axe la tragédie d’un amour destructeur donnant naissance au fameux album Back to black né dans la douleur et qui malgré une pléthore de récompense ne contentera jamais la chanteuse qui décédera peu de temps après.

On peut regretter de ne pas voir la quantité de travail nécessaire pour arriver à ce niveau musical, le peu de temps alloué au premier album mais au final ce biopic rend quand même un bel hommage à une des voix les plus incroyable de ces dernières années.

La prestation de Marisa Abela est vraiment convaincante et la bande son est évidemment formidable pour une réalisation classique mais efficace.

En conclusion

Un biopic qui ne cache pas les zones sombres de l’artiste et montre même que cette souffrance aura comme effet la création d’un album mythique mais entrainera aussi la fin tragique de l’artiste.

 

Par Grégory Caumes

|Copyright Dean Rogers © STUDIOCANAL SAS

NOTRE NOTE

BANDE-ANNONCE :

SIDONIE AU JAPON (2024) – Critique

SIDONIE AU JAPON (2024) – Critique

Fiche technique :

Notre avis sur SIDONIE AU JAPON

Au pays du soleil levant où les non-vivants vivent parmi les vivants, une étrangère perd peu à peu ses repères et se retrouve malgré elle confrontée aux fantômes de son passé. Voyage initiatique, poétique, ce troisième long-métrage d’Elise Girard nous démontre que le cinéma d’auteur(e) peut encore faire ce qu’il y a de plus beau ; savant mélange de subtilités et de délicatesses sur la réflexion et la beauté du monde et des complexes et paradoxes de ceux qui les habitent. Sans se départir d’une certaine légèreté, Sidonie au Japon est un authentique haïku visuel qui ravira une poignet de spectateurs appréciant la poésie lyrique à travers les maux de ceux qui les expriment.

La ressortie de son premier roman force littéralement Sidonie (Isabelle Huppert) à se rendre au Japon. Sur place, elle fait la connaissance de son éditeur, Monsieur Kenzo Mizoguchi (Tsuyoshi Ihara), un homme étrange et taciturne. Chaperonné par ce dernier, Sidonie va peu à peu découvrir un univers à la fois fascinant et déconcertant. Mais lorsque le fantôme de son défunt mari lui apparaît soudainement, dans ce pays où les esprits cohabitent naturellement avec les vivants, elle comprend peu à peu qu’il est temps de laisser derrière elle les déchirures et les traumatismes du passé, pour accepter, enfin, de vivre. Beau et d’une grande sensibilité, le film traite du deuil, de la douleur de ceux qui partent pour ceux qui restent, de la souffrance qu’on s’évertue à vouloir garder en nous comme le seul rempart à notre existence.

Plus qu’une invitation au voyage, c’est une véritable plongée dans la culture nippone que nous offre sa réalisatrice, hommage à un pays qui ne ce cesse de passionner et d’émouvoir, qui s’invente et se réinvente au grès de l’imagination de chacun mais qui reste un immense mystère pour les pauvres occidentaux incrédules que nous sommes.

Elise Girard nous propose un film respectueux des traditions ; classique mais entraînant, des plans fixes, parfaitement cadrés avec une caméra qui sait esquisser de magnifiques panoramas quand il s’agit de nous perdre dans la contemplation de ces somptueux paysages japonisant. Une aura étrange et surnaturelle se mélange parfaitement à l’ambiance fantasmagorique du film. Le récit est finement construit, avec un phrasé comme on l’entend rarement aujourd’hui, rappelant l’importance des mots dans un monde qui perd peu à peu son langage à communiquer. Si cela peut sembler par moment exagérer, parfois même a en devenir une mauvaise caricature du genre, tout cela est vite balayé par sa mise en scène appliquée qui rappellera sans doute aux amoureux du cinéma une ambiance très Rohmérienne.

Ne présentons plus Isabelle Huppert comme une grande actrice du cinéma français mais comme LA grande Dame du cinéma français. Véritable caméléon du septième art, les choix de rôles de la comédienne continue d’étonner et de nous surprendre ; preuve qu’elle a su se réinventer tout au long de sa carrière en prenant le risque de n’être jamais là où on l’attend. L’interprétation de Sidonie émeut par sa complexité, son chagrin qui déborde dans son regard et de sa démarche, perchée au bord d’un désespoir qui nous est perceptible. Rendons également grâce à son partenaire de jeu, l’acteur Tsuyoshi Ihara qui, en plus d’avoir appris phonétiquement les dialogues en français, propose un personnage à la fois inaccessible mais terriblement touchant.

Sidonie au Japon se révèle être au final une oeuvre cinématographique à part entière qui, malgré son propos sombre porte en lui l’espoir solaire d’une renaissance. Comme une carte postale que l’on reçoit chez soi et qui invite à la curiosité, il rappelle l’importance de faire voyager le spectateur au sein même d’une salle de cinéma. En un sens, la réalisatrice parvient sans grand mal à nous faire vivre l’expérience de Sidonie et de son singulier périple dans un pays que l’on croit connaître mais qui a tout à nous apprendre. A la fin de la séance, c’est bel et bien une sensation étrange qui emplit le spectateur, comme si le film lui même avait apporté paix et sérénité, telle une force surnaturelle ayant apaisé les maux enfuis en chacun de nous. N’est-ce pas une façon un peu naïve de croire que c’est ça, la magie du cinéma ? Où tout simplement que les cerisiers sont en fleurs ?

Par Rémi Vallier

Copyright 2023 1015! PRODUCTIONS LUPA FILM BOX PRODUCTIONS FILM IN EVOLUTION FOURIER FILMS MIKINO LES FILMS DU CAMELIA

Crédits photos : Art House films

BANDE-ANNONCE :

CIVIL WAR (2024) – Critique

CIVIL WAR (2024) – Critique

Fiche technique :

Notre avis sur le film CIVIL WAR

Civil War est un film réalisé par Alex Garland avec comme acteurs principaux Kirsten Dunst, Wagner Moura, Cailee Spaeny et Stephen McKinley Henderson. Le film nous raconte les derniers jours d’une guerre civile qui se déroule aux Etats-Unis de nos jours avec un réalisme effrayant pour ce qui est déjà un des meilleurs films de l’année.

Un seul défaut : sa bande-annonce

Civil War nous est vendu comme un film parlant d’une guerre civile aux Etats-Unis mais il est important de préciser que le film se passe à la fin de cette guerre civile, et que si le contexte est un peu expliqué en fond, il n’est pas non plus détaillé.

Un contexte glaçant

Nous sommes donc dans les derniers jours d’une guerre civile moderne qui a déchiré les Etats Unis. Les protagonistes principaux sont journalistes et vont entreprendre un road trip à travers un pays à feu et à sang, livré à lui-même et qui fait ressortir le pire chez l’être humain. Leur but : tenter d’interviewer le président des Etats-Unis avant son éventuelle défaite et son assassinat par les rebelles.

Ce qui est glaçant dans ce road trip c’est que toute l’horreur et la déchéance humaine que vous pourrez observer est totalement réaliste et pourrait clairement frapper n’importe quel pays.

Le destin des protagonistes – que nous ne divulguerons pas ici – est une analyse fine de l’âme humaine et de son devenir face au chaos et à la mort.

Une réalisation de haut vol

Le réalisateur sait parfaitement jongler entre les différents registres du film, du road trip un peu décalé aux scènes d’actions fortes en passant par l’horreur de la guerre, c’est un sans-faute. Le Climax est dantesque.

Un casting impeccable

Du journaliste accro à l’adrénaline en passant par la jeune apprentie qui découvre le métier en allant jusqu’à la journaliste blasée et brisée jouée par une incroyable Kirsten Dunst, le choix du casting est un sans-faute.

En conclusion

Un road trip puissant qui analysera et critiquera notre société et même la race humaine en général, tout en nous délivrant un divertissement terriblement réaliste et fortement inquiétant, Civil War est une réussite.

 

Par Grégory Caumes

Copyright Screen Rant et A 24 / DCM

NOTRE NOTE

BANDE-ANNONCE :

CHIEN BLANC (2024) – Critique

CHIEN BLANC (2024) – Critique

Fiche technique :

Notre avis sur le film CHIEN BLANC

Chien Blanc est un film réalisé et co-écrit par Anaïs BARBEAU-LAVALETTE d’après le roman de Romain Gary du même titre.

Le pitch : « 1968 – Etats-Unis. Martin Luther King est assassiné et les haines raciales mettent le pays à feu et à sang. Romain Gary et sa femme l’actrice Jean Seberg, qui vivent à Los Angeles, recueillent un chien égaré́, dressé exclusivement pour attaquer les Noirs : un chien blanc. L’écrivain, amoureux des animaux, refuse de le faire euthanasier, au risque de mettre en péril sa relation avec Jean, militante pour les droits civiques et très active au sein des Black Panthers. »

Chien Blanc est un très beau film qui traite avec beaucoup de tact de la question du racisme. Evidemment, les scènes qui se déroulent dans le film ont un écho particulier avec l’actualité des Etats-Unis et le film n’en est que plus fort.

L’intelligence de cette œuvre est aussi de montrer toute l’ampleur de cette problématique par le biais de la question animale avec le fameux « chien blanc » et son conditionnement par les hommes. Que peut on faire d’un chien qui attaquera systématiquement des personnes noires ? Si on n’arrive pas à « déconditionner un animal » comment pourrait on faire évoluer les choses ?

Certains pourraient être étonnés qu’on traite la question du racisme par le biais de la réflexion sur la place d’un animal dans la société mais la réponse est magnifiquement donnée en fin de film et la phrase : « Une vie c’est une vie ! En quoi sa vie est-elle moins importante que la tienne ? » nous interrogera directement sur notre façon de penser la hiérarchisation de la valeur de la vie que notre société nous enseigne.

De plus, et c’est assez rare de nos jours, le film ne tombe pas dans le cliché facile et les discours bien-pensants mais donne les clefs de compréhension au spectateur pour le faire grandir, et par ce point il contribue justement grandement à la lutte anti-raciste.

Il est aussi important de noter que les performances de Denis Menochet, Kacey Rohl et KC Colins sont de très bon niveau.

Sur la réalisation, certains plans du film sont vraiment magnifiques avec une musique onirique qui permettra au spectateur de souffler et de s’évader quelques minutes avant de retourner dans le propos fort mais dur du film.

Un film à ne pas manquer autant pour ses qualités visuelles que pour son propos très intelligemment dispensé.

Par Grégory Caumes

Copyright Vivien Gaumand

NOTRE NOTE

BANDE-ANNONCE :

PAS DE VAGUES (2024) – Critique

PAS DE VAGUES (2024) – Critique

Fiche technique :

Notre avis sur le film PAS DE VAGUES

Pas de vagues  est un film réalisé par Teddy Lussi-Modeste avec François Civil et est inspiré d’une histoire vraie, inspirée de la vie du réalisateur.

La première chose qui frappe dans ce film, ce sont les réactions et commentaires sous sa bande annonce l’accusant de tous les maux. Nous martèlerons toujours la même chose à la rédaction de « La minute ciné », ne critiquez pas une œuvre que vous n’avez pas vue car dans le cas de « Pas de Vagues » vous passeriez à côté d’un film puissant, particulièrement bien écrit et dont le propos est particulièrement nécessaire à notre temps. Nous n’allons pas vous mentir, avant d’écrire ces lignes, il nous a fallu peser chaque mot car le sujet est explosif mais la réaction fut facile au regard du courage de l’équipe du film d’avoir produit une telle œuvre.

Le film raconte l’histoire d’un jeune professeur idéaliste qui va être injustement accusé d’harcèlement sur une de ses élèves et qui va voir son monde s’écrouler autour de lui.

Oui le réalisateur et les scénaristes ont choisi plusieurs thèmes très durs à traiter : la remise en cause de la présomption d’innocence – l’auteur de ces lignes étant juriste, il est particulièrement attaché à cette norme socle de notre société -, le harcèlement que peuvent vivre les professeurs des écoles, la bureaucratie qui a abandonné le soutien des enseignants, l’homosexualité dans les quartiers dit sensibles mais aussi, et c’est le point peut être le plus important, quel est le but d’enseigner, de transmettre et au final le rôle de l’éducation nationale dans notre société.

Alors oui ça fait beaucoup pour un film et pourtant l’écriture est tellement bonne et juste que tout cela est traité avec brio.

Le sujet de la présomption d’innocence est évidemment le plus polémique. Le mouvement #metoo était nécessaire et encore une fois la parole des victimes doit être facilitée mais elle ne peut en aucun cas détruire la présomption d’innocence et clouer au pilori une personne sans preuve. Sur ce point le film est très juste, objectif et ne jette l’opprobre sur personne, bien au contraire il explique particulièrement bien le mécanisme de souffrance qui peut entrainer une fausse déclaration.

Comme montré dans la bande annonce, le professeur en question est homosexuel et la question de la révélation de son homosexualité est posée pour « justifier » de son innocence. Entre risque d’une telle révélation dans un quartier dit sensible mais aussi l’incohérence d’une telle révélation pour justifier de son innocence, ce thème est très bien exposé par le film et montre comment notre système éducatif et judiciaire dysfonctionne, encore une fois sans jamais porter atteinte à la libération de la parole des victimes.

Puis vient l’analyse du système éducatif, d’une hiérarchie absente et au final d’un système qui par l’utilisation de la maxime « pas de vagues » se déshumanise et oublie qu’au final même si l’éducation nationale traite d’un ensemble d’élèves, elle ne doit pas oublier de s’occuper aussi des individualités.

Le moment le plus fort sera donné dans une des dernières scènes où on constate que l’échec d’un élève est aussi l’échec de son professeur et qu’il en prend toute la souffrance.

Pas de vagues est un film courageux, magnifiquement interprété par un François Civil de très haut niveau tout comme l’ensemble du casting avec une mention particulière pour tous les jeunes acteurs. C’est au final surtout un film nécessaire à nos débats de société, parfaitement équilibré dans son propos et d’un courage rare.

Par Grégory Caumes

Copyright Kazak Productions

NOTRE NOTE

BANDE-ANNONCE :