Fiche technique :

Notre avis sur QUEIMADA

Avant-Propos :

Cette critique a été faite sur la version de 132 minutes, plus conforme à la vision du réalisateur, et en version italienne, langue originale du film.

Le film d’un cinéaste et d’un acteur principal engagés

Gillo Pontecorvo est un brillant cinéaste italien néo-réaliste dont le cinéma est extrêmement politisé. Marqué par le marxisme, dont il en dénoncera les excès, et l’anticapitalisme, le cinéma de Gillo Pontecorvo est évidemment très politique voire même partisan, comme le démontre son film le plus connu : « La bataille d’Alger ». Il était alors logique qu’il tourne avec Marlon Brando, un acteur de légende lui aussi très marqué politiquement et qui plus tard refusera son oscar pour son interprétation dans le film « Le parrain » pour dénoncer le traitement des natifs américains dans les films.

Au final, les affrontements entre le réalisateur et l’acteur sur le tournage (notamment sur le salaire des acteurs noirs moins payés que les blancs – ce que Brando dénoncera), les conditions climatiques compliquées et le fait d’avoir engagé une grande majorité d’acteurs non professionnels aboutiront certes à un échec commercial mais à une œuvre forte, peut-être même plus aboutie que « La bataille d’Alger ».

Un scénario fort servi par un Marlon Brando d’exception :

Le scénario traite, avec une grande précision, de l’esclavage aux Antilles et le jeu entre les puissances coloniales et les grandes compagnies.

Queimada est une ile colonisée par les Portugais. Ces derniers exploitent des esclaves pour récolter la canne à sucre. Un agent secret britannique (Marlon Brando) va tenter de déstabiliser le pouvoir en place en créant de toute pièce un révolutionnaire, en sélectionnant un simple vendeur d’eau, Jose Dolores. Tout cela dans le seul but d’imposer l’influence britannique et les grandes compagnies qui veulent exploiter la main d’œuvre et le sucre de l’Ile. Il sera aidé dans son œuvre par Teddy Sanchez, métis et chef des riches créoles.

Ce qui marque directement dans ce scénario, dénonçant la colonisation, est qu’il va beaucoup plus loin que les autres œuvres du genre et est surtout bien mieux écrit que les productions actuelles parlant de ce sujet.

Qu’ils soient esclaves ou ouvriers, les opprimés du film sont surtout privés du savoir leur permettant de gérer leur île, leur avenir. Les idéaux, les nations ou la vie des hommes ne sont que peu de chose face au commerce et à l’économie, et ceux qui n’en maitrisent pas les codes ne peuvent survivre.

Toute la finesse d’écriture du scénario – et la très grande qualité des dialogues – tient dans cette opposition entre la machine économique mondialisée et l’autodétermination des peuples. Ce postulat est magnifiquement illustré dans les interactions entre Marlon Brando et Evaristo Márquez (Jose Dolores), entre l’un s’oubliant cyniquement dans la machine économique des grandes compagnies et l’autre incarnant une liberté sans concession.

La force des grands scénarios – et des grands films- c’est d’être intemporel, et ici les scénaristes Franco Solinas et Giorgio Arlorio rendent une copie parfaite.

Une réalisation sublimée par la musique d’Ennio Morricone

Le cinéma néo-réaliste italien donne au film ce sentiment de quasi documentaire en filmant une grande fresque tout en restant dans le quotidien des habitants de l’Ile. Les plans sur les visages des acteurs (quasiment tous amateurs) nous plonge avec justesse dans le contexte terrible de cette histoire.

Il est d’ailleurs fort de voir Brando s’acclimater parfaitement avec ce style qui au final sublime son art.

Mais au final, c’est la musique d’Ennio Morricone, et son thème principal Abolição, qui nous plonge totalement dans cette histoire et cela dès le générique d’ouverture.

Le maitre Morricone nous a quitté en 2020 et il restera un des plus grands compositeurs que nous ayons eus, peut-être même le plus grand, la musique de ce film en est la preuve.

En conclusion

Il y aurait tellement de chose à dire sur cette œuvre et sur son intrigue mais ce serait vous gâcher un scénario brillant et impactant. Je conclurais donc en disant qu’autant au niveau historique que pour sa culture cinématographique, Queimada est une œuvre majeure du cinéma neo-réaliste italien mais aussi du cinéma en général et qu’il serait vraiment dommage de se priver de cette œuvre maintenant disponible dans sa « vraie » version de 132 minutes et en Italien. Ce film de 1969 de Gillo Pontecorvo est bien plus moderne dans ses propos que la plupart des films sortant de nos jours sur le même thème, c’est aussi pour cela qu’il est si essentiel.

Une œuvre marquante du néo-réalisme italien. 

 Critique de Grégory C.

NOTRE NOTE