Fiche technique :

À La Minute Ciné, nous aimons les œuvres qui prennent des risques. Et ChaO, premier long-métrage de Yasuhiro Aoki, produit par Studio4°C, fait clairement partie de ces films atypiques, presque impossibles à ranger dans une case.

Il faut le dire d’entrée : ChaO ne plaira pas à tout le monde. Non pas parce que le film serait laid ou mal animé, bien au contraire. L’animation est très belle, vivante, expressive, parfois impressionnante, avec un vrai travail artisanal puisque le dossier de presse rappelle que plus de 100 000 animations ont été dessinées à la main, sur papier et au crayon. Mais son style graphique est tellement particulier, tellement affirmé, qu’il pourra dérouter une partie du public. Les personnages, dans leur manière d’être dessinés, peuvent surprendre. Ils ne correspondent pas aux canons habituels de l’animation japonaise contemporaine. Et c’est justement là que le film trouve sa singularité : ChaO ne cherche jamais à ressembler aux autres productions. Il impose son monde, son rythme, ses formes, ses couleurs, son étrangeté.

L’histoire nous plonge dans un univers imaginaire où les humains et les sirènes coexistent, se connaissent, se croisent, mais ne vivent pas réellement ensemble. Dans ce monde portuaire inspiré de Shanghai, Stephan, un employé de bureau ordinaire travaillant dans une entreprise de construction navale, rencontre Chao, princesse du royaume des sirènes. À la suite d’une demande en mariage dont il ne comprend pas vraiment les implications, Stephan se retrouve entraîné dans une relation qu’il n’a pas vu venir, avec une jeune femme aussi adorable qu’imprévisible.

Sur le papier, on pourrait croire à une simple comédie romantique loufoque. Et le film l’est, en partie. Il y a de l’humour, du rythme, des situations absurdes, un univers déjanté, parfois presque excessif. Mais ChaO cache peu à peu une profondeur plus importante que ce que son apparente légèreté laisse deviner. Sans spoiler, ce qui semble d’abord reposer sur un quiproquo amoureux devient progressivement une histoire plus mystérieuse, plus sensible, avec des enjeux émotionnels et narratifs qui donnent envie de comprendre les véritables tenants et aboutissants de cette rencontre.

Le film fonctionne surtout parce qu’il raconte l’évolution de deux êtres que tout oppose. Stephan est banal, discret, presque effacé. Chao, elle, est spontanée, pure, excessive, entièrement tournée vers l’autre. Ils ne viennent pas du même monde, n’ont pas le même rapport aux émotions, ni le même passé, ni le même cadre social. Et pourtant, à travers leur relation, ils vont apprendre à se connaître, à s’apprécier, parfois à se heurter, parfois à se détester, mais surtout à grandir. Le film parle ainsi d’amour, bien sûr, mais aussi de différence, d’acceptation, de confiance et de transformation personnelle.

Visuellement, ChaO est un film qui fourmille. Les décors sont magnifiques, saturés de détails, pleins de vie, de mouvements et de couleurs. La ville semble constamment en activité. Tout bouge, tout déborde, tout respire. La direction artistique donne au film une identité très forte, entre modernité urbaine, imaginaire aquatique, énergie asiatique et conte de fées contemporain. Là encore, tout ne sera pas accessible immédiatement à tous les spectateurs, mais il faut saluer cette proposition visuelle : elle est audacieuse, personnelle et généreuse.

La bande-son est également l’un des grands atouts du film. Elle accompagne parfaitement cette impression d’un monde à la fois futuriste, aquatique, romantique et chaotique. Elle donne de l’énergie aux scènes les plus rythmées, tout en apportant de la douceur aux moments plus intimes. Le film avance vite, parfois très vite, mais conserve une vraie capacité à créer de l’attachement. Et c’est peut-être l’une de ses plus belles réussites : en peu de temps, on finit par s’attacher à cet univers et à ses personnages, au point de presque regretter de les quitter lorsque le film se termine.

Alors oui, ChaO est un ovni. Un film étrange, imparfait peut-être, mais rafraîchissant. Une œuvre qui pourra repousser certains spectateurs par son style graphique très spécial, mais qui mérite qu’on accepte d’entrer dans son monde. Derrière son apparence loufoque, il y a une vraie tendresse, un vrai sens du rythme, une belle générosité visuelle et un message simple mais sincère : l’amour peut naître de la différence, mais il ne peut durer que si chacun accepte de se transformer au contact de l’autre.

ChaO est donc une œuvre atypique, singulière et rafraîchissante, que nous vous conseillons.

 Par Gregory CAUMES

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